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F O N D A T E U R S |
Comment reconstruire le Cambodge... et le Canada
© Copyright 1996
FOLIE DES GRANDEURS
CHAPITRE CINQUANTE-SEPT
Un soir, à la fin d'octobre, Say voit rentrer une Monty avec un visage qu'il n'a jamais vu auparavant: une détermination froide, une colère tout aussi froide, contenue
mais qu'il a parfaitement détectée. - C'est fini! lance-t-elle avec une haleine fortement imprégnée d'eau-de-vie. On rentre à Montréal!
- Comment? - On rentre à Montréal! Calgary c'est terminé! - Pourquoi? - J'ai été mise à
la porte! - ... Say reste bouche bée, il n'en croit pas ses oreilles. - T'as fait des erreurs de calcul? s'enquiert-il enfin.
- Même pas! Je n'ai rien calculé! Et la femme de faire des révélations qu'elle a toujours gardées pour elle durant ces quatre mois à la
firme FYB: - En fait, ils ne m'ont embauchée que pour se ficher de moi! me donner une leçon! Eux aussi avaient entendu les rumeurs. Dès la première semaine ils
ont invité Frank Petersen à faire une visite à la compagnie. Ensuite c'étaient des humiliations, des vexations, des insultes. Ils savaient tout sur nous, les noms de nos voisins, ce que
tu faisais dans tes chantiers. Ce jeu est parfaitement organisé, programmé. Ils appellent ces insultes des long shots, mais ça te blesse pareil. Je me disais: c'est normal, c'est le
bizutage, la cérémonie d'initiation, tout le monde est passé par là. Voyant que je m'y prêtais de mauvaise grâce, ils disaient que je prenais l'argent d'un système et
ne voulais pas payer de taxe au système. Merde! Impôts et taxes je les ai déjà payés aux gouvernements, prélevés directement de mes chèques de paye! Le jeu
continuait au-delà des trois mois d'essai et le plus enrageant dans tout ça, c'est qu'aucun de mes calculs, aucun de mes plans n'a été retenu. «Ils semblaient me
dire: nous sommes riches, nous te payons juste pour te rapetisser! Alors moi je leur répondais dans mon ventre: ça vous fait tellement plaisir de m'humilier? continuez! moi, j'empoche les deux mille
dollars par mois! À la fin, le directeur général me donnait, sur un bout de chiffon, un travail qui normalement revenait à un ingénieur de projet: tout un gratte-ciel à
calculer. Quelques jours plus tard, c'est-à-dire aujourd'hui, il m'a convoquée, m'a dit que je ne suis pas capable et que j'ai une semaine pour trouver un autre emploi. Eh bien, moi je n'attendais que
ça! Je n'ai pas besoin de la semaine allouée, je suis sortie sur-le-champ et me voilà! Allez, on fait les valises! - ... Say est dépassé,
il ne sait pas quoi dire. La femme apporte alors des précisions: - T'as compris? Je ne veux plus tra--vail--ler! Avant c'était toujours moi qui m'éjectais moi-même.
Maintenant, enfin! on m'éjecte! Alors c'est fini, on rentre! L'homme réfléchit, fait le point. Ça fait seulement seize mois qu'ils sont à Calgary et
déjà un autre coup de tête. La première fois, encore inconnus l'un de l'autre, elle s'est donnée à lui, il l'a prise. La seconde fois elle est partie jouer à
l'héroïne. La troisième fois elle déménageait pour l'ouest, il l'a suivie. Maintenant elle veut retourner à l'est. «Bien, bien, ma chérie, mais ce sera la dernière
fois que je plie à tes caprices!» pense-t-il avant de questionner, pour faire un peu d'argument: - Et mon job? - Bâng! Tu n'auras aucune difficulté
de reprendre ton poste à Montréal, avec Mario! Et puis t'as besoin de vacances, t'en a pas encore pris, n'est-ce pas? - Bôoof...!
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